Débat autour du nom de la Macédoine

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Le nom de la Macédoine et sa revendication par deux peuples différents, les Grecs et les Macédoniens slaves, est à l'origine d'un contentieux identitaire nationaliste dans cette région des Balkans depuis la fin du XXe siècle.

La république de Macédoine a en effet acquis ce nom en tant que république fédérée de la Yougoslavie, ce que la Grèce n'a jamais contesté, tant qu'il ne s'agissait pas d'un État souverain, et que la dénomination de « Macédoine » était seulement géographique : pour la Grèce, il s'agissait alors simplement de la « Macédoine septentrionale » (Βόρεια Μακεδονία). En revanche, lorsque la république de Macédoine est devenue indépendante, en 1991, elle a construit son identité sur une revendication de l'histoire macédonienne ancienne et sur l'utilisation de ses symboles (Soleil de Vergina), qui, pour la Grèce, font partie de son propre passé et de son patrimoine exclusif, et non de celui des Slaves. La position grecque est que le seul État souverain à avoir porté le nom de « Macédoine » fut le royaume antique des Argéades et des Antigonides. Le caractère hellénique du royaume macédonien antique est généralement accepté par les historiens et sert de base aux revendications d'exclusivité de l'État grec moderne sur ce toponyme. L'extension du royaume argéade à l'époque de son apogée, sous le règne de Philippe II et de son fils Alexandre le Grand est prise comme référence par les Grecs pour déterminer le territoire historique et géographique pouvant, selon eux, être désigné par le nom de Macédoine. Mais « territoires » ne signifie pas « État » : si les Grecs acceptent que l'ancienne république yougoslave ait possédé des « territoires » ayant appartenu aux Argéades, elle dénie aux Slaves toute filiation avec la culture, l'identité, et donc l'histoire macédonienne hellénique, ce qui, par conséquent, se traduit par le refus d'appeler « Macédoine » un État slave. La controverse concernant la Macédoine joue ainsi un rôle capital dans la mythologie nationale grecque contemporaine, en grande partie fondée sur l'idée de continuité entre les États grecs antiques et la République hellénique contemporaine.

De leur côté, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, c'est justement autour de ce toponyme, désignant la majeure partie du territoire où ils résidaient, que les Macédoniens slaves se sont progressivement construit une identité nationale différente de celles des Bulgares et des Serbes : ils n'entendent donc pas y renoncer.

Le , le Premier ministre grec Aléxis Tsípras et le président du gouvernement de Macédoine Zoran Zaev annoncent être parvenus à un accord pour que le pays s'appelle officiellement « république de Macédoine du Nord », au niveau national comme international.

Historiquemodifier | modifier le code

Guerres balkaniques et fin de la présence ottomane dans la régionmodifier | modifier le code

Les succès militaires de l'État grec dans les deux premières guerres balkaniques lui ont permis de prendre le contrôle de la moitié méridionale de ces territoires, également revendiqués par la Bulgarie. À la suite des déplacements de populations rendus obligatoires par le traité de Lausanne, qui suivit la défaite dans la guerre gréco-turque de 1922, une partie importante de l'afflux massif de réfugiés grecs d'Asie mineure, de la Mer Noire bulgare et du Pont a été dirigée vers la Macédoine, d'où les populations slavophones et turcophones sont parties, pour s'installer sur la côte bulgare de la Mer Noire et en Anatolie, à la place des Grecs expulsés en vertu des accords conclus entre la Bulgarie et la Grèce d'une part (traité de 1919), la Turquie et la Grèce d'autre part.

Selon la thèse évoquée par l'ARYM, l'identité nationale des Macédoniens slaves s'est principalement développée à la fin du XIXe siècle, alors que la Macédoine était contrôlée par l'Empire ottoman. Face aux revendications grecque, bulgare, et serbe sur la région, se crée en 1893 un groupe révolutionnaire indépendantiste, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (Vnatrešna Makedonska Revolucionerna Organizacija, VMRO) ayant pour but la création d'un État macédonien indépendant de la Bulgarie, de la Grèce et de la Serbie et revendiquant une identité macédonienne1.

Au sein de la Yougoslaviemodifier | modifier le code

Dans le royaume de Yougoslavie, la majorité de l'actuelle république de Macédoine est regroupée dans la Banovine du Vardar. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Macédoine grecque et l'essentiel de la Macédoine yougoslave sont occupées par la Bulgarie. Après la défaite de l'Axe, une république fédérée est proclamée au sein de la Yougoslavie communiste, tandis que la Grèce récupère son territoire macédonien.

Dissolution de la Yougoslaviemodifier | modifier le code

Avec la fin de la république fédérative socialiste de Yougoslavie, en 1991, les dirigeants de la république de Macédoine qui vient de gagner son indépendance, décident de conserver le nom Macédoine déjà utilisé au sein de l'entité yougoslave et adoptent sur leur drapeau le « Soleil de Vergina », un symbole découvert en 1977 dans la tombe supposée de Philippe II de Macédoine et popularisé depuis cette période comme un symbole « macédonien ».

La Grèce conteste cette appropriation d’un passé grec bien antérieur aux Slaves, et cette dénomination. Diverses dénominations alternatives ont été proposées par les deux parties : « Vardarie » (du nom du principal fleuve), « Macédoslavie », « Macédoslavonie » ou encore « Slavomacédoine », mais les dirigeants macédoniens refusent tout autre nom que « république de Macédoine » et les Grecs, tout nom où figurerait le radical « Macédo »2.

En effet, bien que l’amendement 2 de la Constitution macédonienne interdise à l’État macédonien d’envahir d’autres territoires, la Grèce craint que, si le nom « république de Macédoine » est utilisé, la Macédoine puisse changer sa constitution et émettre des revendications territoriales ou culturelles vis-à-vis de la province grecque de Macédoine, dont le littoral (avec la Chalcidique) a toujours été peuplé de Grecs, mais dont l’intérieur était, jusqu’aux échanges de populations consécutifs aux traités de Neuilly avec la Bulgarie et de Lausanne avec la Turquie, majoritairement slavophone et objet des revendications de l’ORIM3. Il y subsiste des minorités dont la Grèce craint le « séparatisme », d’autant qu'elles ont été instrumentalisées pendant l’Occupation, durant la Seconde Guerre mondiale, par la Bulgarie fasciste, alors membre de l’Axe, puis pendant la Guerre civile grecque (1946-49) par des communistes tels Dimitri Vlahov qui leur ont promis une « région autonome » sur le modèle soviétique. Il est d’ailleurs difficile d’estimer le nombre réel des slavophones (Macédoniens ou Bulgares) en Grèce, dont le nombre atteint probablement entre 10 000 et 30 000 locuteurs, en comptant les « Gréco-Macédoniens » devenus hellénophones mais ayant encore une certaine connaissance de la langue macédonienne4.

Quoi qu’il en soit, en l’absence de compromis, la plupart des organisations internationales et une partie des États étrangers utilisent, dans les relations officielles, l’acronyme « Ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM) ». L’acronyme anglais équivalent est FYROM, pour Former Yugoslav Republic Of Macedonia. Il est toutefois fait largement usage, par commodité, dans les textes moins officiels (communiqués, liens de navigation des sites des ministères des Affaires étrangères) des termes « Macédoine » et « république de Macédoine », par ailleurs officiellement adoptés, dans leurs langues respectives, par 123 États dont les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la Suisse ainsi que la Bulgarie voisine5.

Les symboles de la Macédoine, enjeu identitairemodifier | modifier le code

Les symboles historiques de la Macédoine, à savoir :

...sont disputés entre d'une part la Grèce qui s'en sert pour réaffirmer la continuité entre la Macédoine antique et la Macédoine grecque actuelle (et elle seule), et d'autre part les nationalistes extrémistes et protochronistes macédoniens ou valaques, mais, du point de vue des historiens6, tous s'approprient indument le passé : les Grecs modernes en raison des ruptures historiques, dues aux invasions barbares, au peuplement médiéval slave et au repeuplement grec moderne du pays à la suite du traité de Lausanne (seule la Chalcidique restant grecque sans discontinuer), les autres en raison du caractère hellénique de la Macédoine antique, dont ni slaves ni latins ne peuvent se prévaloir.

La situation actuellemodifier | modifier le code

Le débat autour du nom de la république de Macédoine n'est pas clos ; cependant il a atteint une phase de relatif statu quo.

Un nombre croissant de pays ont progressivement reconnu la république de Macédoine sous son nom constitutionnel. Quelques-uns de ces pays l'ont fait depuis l'origine, alors que la plupart avaient d'abord reconnu son appellation ARYM (FYROM en anglais). En septembre 2007, 118 pays (soit 61 % des membres de l'ONU) avaient reconnu la république de Macédoine sous son nom constitutionnel.

Quelques observateurs considèrent que l'érosion progressive de la position grecque signifie que la controverse autour du nom de la Macédoine est en voie de réduction. L'ONU et l'ensemble de ses membres ont accepté par avance toute solution de compromis qui ressortira d'un accord négocié entre les deux parties concernées. Bien que les deux pays concernés continuent à argumenter sur le sujet, concrètement ils traitent leurs relations économiques et de coopération mutuelle de manière pragmatique. Ces relations ont si bien repris leurs cours que la Grèce est maintenant considérée comme le premier partenaire économique et investisseur étranger de la république de Macédoine.[réf. nécessaire]

Après plusieurs tentatives infructueuses de rapprochement, les négociations entre Athènes et Skopje ont repris le 1er novembre 2007 ; elles se sont poursuivies le 1er décembre de la même année. Une prochaine rencontre bilatérale est programmée en mars 2010. La Grèce a fait un nouveau pas en acceptant l'appellation de « république de Macédoine du Nord », et a déclaré que c'est à l'ARYM de décider. Toutefois le président du gouvernement de l'ARYM, Nikola Gruevski, a déclaré qu'il refuserait cette appellation et demanderait un vote concernant le nom du pays9.

En 1995, les deux pays signent un accord intérimaire stipulant que la Grèce ne s'opposerait pas à l'adhésion de la république de Macédoine à l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) sous son nom provisoire d'Ancienne république yougoslave de Macédoine. En avril 2008, le gouvernement grec met cependant son veto, et affirme que la Macédoine ne peut devenir membre de l'OTAN tant que la question du nom n'est pas résolue. La république de Macédoine fait appel devant la Cour internationale de justice (CIJ), qui conclut en décembre 2011 que « le défendeur, en s'opposant à l'admission du demandeur à l'OTAN au sommet de Bucarest, ne s'est pas conformé à l'obligation que lui impose […] l'accord intérimaire. »10,11.

Au début de l'année 2018, les deux pays conviennent de reprendre les négociations sur le différend qui les oppose ; le vice-président du gouvernement pour les Affaires européennes de Macédoine en visite à Athènes a annoncé : « Nous nous sommes engagés à trouver une solution en six mois », et a ajouté que c'était une opportunité « de progresser en termes d'intégration euro-atlantique ». Cette dynamique s'intègre aussi dans la mise en avant des Balkans occidentaux dans les relations extérieures de l'Union européenne voulue par la présidence bulgare du Conseil de l'Union européenne12 ; en parallèle, une partie de l'opinion publique grecque désapprouve toute utilisation du terme « Macédoine » dans l'appellation du pays et des manifestations sont organisées, notamment à Thessalonique et à Athènes13.

Liste des pays reconnaissant l'appellation « république de Macédoine »modifier | modifier le code

Liste de pays/entités :
  •      qui utilisent l'appellation « république de Macédoine » pour les relations diplomatiques bilatérales.
  •      qui utilisent l'appellation « Ancienne République yougoslave de Macédoine » pour toutes les relations.
  •      dont la position est inconnue.
  •      qui n'ont pas de relations diplomatiques avec la Macédoine.

Début 2012, 123 pays reconnaissaient la république de Macédoine sous son nom constitutionnel5.

Quatre pays du Conseil de sécurité :

Toutes les républiques de l'ancienne Yougoslavie :

Pays voisins de la République de Macédoine :

Les divers pays suivants :

Liste de pays/entités reconnaissant l'appellation « Ancienne république yougoslave de Macédoine » (ARYM)modifier | modifier le code

Liste de pays/entités dont les positions sont peu clairesmodifier | modifier le code

Rapports contradictoires ou non concluants sur l'utilisation ou la reconnaissance du nom :

Liste des États/entités qui n'ont encore reconnu ni la république de Macédoine ni l'ARYMmodifier | modifier le code

Les pays/entités suivants n'ont pas de relations diplomatiques avec l'État concerné :

Organisation internationalesmodifier | modifier le code

Les organisations suivantes utilisent officiellement l'appellation « Ancienne république yougoslave de Macédoine » :

Négociationsmodifier | modifier le code

Développements en 2011modifier | modifier le code

Des informations ont été publiées selon lesquelles Antonis Samaras, le chef de Nouvelle Démocratie, serait convoqué au procès à La Haye intenté par Skopje contre la Grèce pour violation de l'accord intérimaire de 1995, après que des éléments de preuve lui auraient été présentés s'adressant au parlement grec et indiquant clairement que son gouvernement (Nouvelle Démocratie était alors au pouvoir) a opposé son veto à l'invitation de la République de Macédoine lors du sommet de l'OTAN à Bucarest en 200817. La même année, le conflit fut ravivé par l'érection à Skopje d'une statue d'un guerrier à cheval reproduisant un portrait d'Alexandre le Grand attribué au sculpteur grec Lysippe et l'inauguration d'un stade sportif nommé d'après le père d'Alexandre, Philippe II. Dans son discours d'adieu devant le Parlement, le Premier ministre sortant George Papandreou a mentionné le règlement immédiat de la question du nom comme l'une des trois priorités du gouvernement suivant18. Le 5 décembre, la Cour internationale de justice a rendu son arrêt à 15 contre 1 (le juge grec étant l'unique dissident)19 que la Grèce avait violé l'accord intérimaire de 1995 et a donc eu tort de bloquer la demande d'adhésion de son voisin à l'OTAN à Bucarest lors du sommet de l'OTAN en 2008. Toutefois, le tribunal a également affirmé qu'il n'était pas compétent pour ordonner à la Grèce de ne pas soulever la question dans d'autres enceintes, car il faut présumer que les États « agissent de bonne foi »20.

Pourparlers de novembre 2012modifier | modifier le code

Après près de deux ans de réunions séparées entre le médiateur des Nations unies Matthew Nimetz et les deux négociateurs, un cycle de négociations conjoint a eu lieu au siège des Nations unies à New York. Le médiateur des Nations unies a présenté des recommandations et des idées à prendre en compte aux deux parties ; cependant, ces propositions ne sont pas encore connues du grand public21.

Propositions de 2013modifier | modifier le code

En avril 2013, Matthew Nimetz proposa le nom de « Haute République de Macédoine », soutenu par le commissaire européen à l'élargissement, Stefan Fule. Cette proposition est intervenue après que la République de Macédoine eut précédemment rejeté le nom de « République de Haute-Macédoine ». La Grèce a indiqué qu'elle autoriserait la République de Macédoine à adhérer à l'Union européenne et à l'OTAN si le mot « Haute » figurait dans son nom officiel22,23. En , Adamantios Vassilakis, le négociateur en chef de la Grèce dans le différend sur le nom, a proposé le nom de « Macédoine slave-albanaise » pour mettre fin au différend24. Selon le journal grec Kathimerini, la remarque de Vassilakis avait toutefois été mal interprétée, car il n'avait lancé « Macédoine slave-albanaise » que comme une suggestion théorique — et non une réelle suggestion sérieuse — afin de décrire la complexité du problème du point de vue grec25.

Projet de loi de décembre 2013 sur le Soleil de Verginamodifier | modifier le code

En novembre 2013, le Parti libéral de Macédoine proposa un projet de loi interdisant l'utilisation du Soleil de Vergina à des fins civiles au sein de la République de Macédoine, comme « un pas positif qui permettra de promouvoir relations de bon voisinage entre la Macédoine et la Grèce ». La Grèce revendique le Soleil de Vergina comme un symbole national exclusif et a déposé une demande de protection de la marque auprès de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en 1995. Le projet de loi exige que l'utilisation du symbole grec protégé par l'OMPI soit interdite dans le bureau du président macédonien, dans les manifestations organisées sous l'administration de l'État, des institutions publiques ou partis politiques macédoniens, des ONG, des médias ainsi que des particuliers en République de Macédoine. Toutefois, le projet a été rejeté en décembre 2013 par la majorité du Parlement macédonien, dirigée par le VMRO-DPMNE.

Négociations de 2014modifier | modifier le code

En février 2014, le Parlement européen a adopté une résolution indiquant que, selon l'évaluation du Parlement, les critères de Copenhague étaient suffisamment remplis pour que le pays puisse entamer les négociations en vue de l'adhésion à l'Union européenne et a appelé le Conseil de l'Union européenne à confirmer d'emblée la date d'ouverture des négociations d'adhésion, les différends bilatéraux ne devant pas être un obstacle à l'ouverture des négociations, même s'ils doivent être résolus avant le processus d'adhésion26. Toutefois, que le Conseil soit ou non d'accord avec l'avis du Parlement, il n'a pas mentionné les négociations d'adhésion de la Macédoine lors de sa réunion de juin 2014.

Le médiateur de l'ONU, Matthew Nimetz, a également invité à entamer le 26 mars 2014 une nouvelle série de négociations sur le « conflit du nom ». Cette invitation a été acceptée par les autorités grecques et macédoniennes. Selon Nimetz, les deux pays avaient réussi, lors des dernières discussions bloquées en octobre 2013, à se mettre d'accord sur l'ajout d'un « terme géographique » au nom controversé de « République de Macédoine », qui serait utilisé à l'échelle internationale comme nouveau nom de pays officiel. Nimetz a toutefois souligné que des divergences substantielles existaient toujours en ce qui concerne « l'endroit où le terme géographique devrait être placé », mais espérait qu'une nouvelle série de négociations pourrait se terminer par un nom mutuellement convenu27. D'après la couverture journalistique des négociations de 2013, la Macédoine avait préféré utiliser le nom de « Haute République de Macédoine », tandis que la Grèce insistait sur le fait qu'elle ne pouvait approuver que « République de Haute-Macédoine »28, alors qu'il existait également un désaccord quant à l'utilisation du nouveau nom officiel, la Macédoine n'étant prête à accepter son utilisation que dans les affaires bilatérales impliquant la Grèce et non prête à accepter la demande grecque de l'utiliser « obligatoirement à toutes fins »29.

2017-2018 : nouvelles négociations et accordmodifier | modifier le code

Après les défaites successives du parti nationaliste Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE) aux élections générales et municipales de la république de Macédoine et l'arrivée au pouvoir de la coalition pro-solution dirigée par l'Union sociale-démocrate de Macédoine (SDSM) et l'Union démocratique pour l'intégration (DUI), les efforts pour la résolution du conflit de dénomination ont pris un nouvel élan, le nouveau président du gouvernement macédonien Zoran Zaev confirmant sa détermination à résoudre le différend de plusieurs décennies avec la Grèce30,31,32,33.

Les efforts déployés par les gouvernements des deux pays pour résoudre le différend sur le nom se sont intensifiés et, le 17 janvier 2018, les négociations parrainées par l'ONU ont repris, avec la rencontre entre les ambassadeurs de Grèce et de Macédoine, Adamantios Vassilakis et Vasko Naumovski, et l'envoyé des Nations unies à Washington34,35, qui suggéra les cinq noms suivants dans sa proposition, tous contenant le nom « Macédoine »note 1 :

  • Република Нова Македонија (Republika Nova Makedonija), c'est-à-dire en français « république de Nouvelle-Macédoine » ;
  • Република Северна Македонија (Republika Severna Makedonija), c'est-à-dire en français « république de Macédoine du Nord » ;
  • Република Горна Македонија (Republika Gorna Makedonija), c'est-à-dire en français « république de Haute-Macédoine » ;
  • Република Вардарска Македонија (Republika Vardarska Makedonija), c'est-à-dire en français « république de Macédoine du Vardar » ;
  • Република Македонија (Скопје) (Republika Makedonija (Skopje)), c'est-à-dire en français « république de Macédoine (Skopje) ».

Le président du gouvernement macédonien, Zoran Zaev, déclara que la solution du différend sur le nom avec la Grèce serait soumise à un référendum national42. Les contacts de haut niveau entre les gouvernements des deux pays se sont également intensifiés, le vice-président du gouvernement macédonien se rendant à Athènes pour des pourparlers le 9 janvier43 et le président du gouvernement macédonien rencontrant son homologue grec, Aléxis Tsípras, en marge du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 24 janvier44,45,46. Lors de la réunion de Davos, la première du genre en sept ans, il semblait y avoir une certaine résolution entre les deux chefs de gouvernement pour mettre fin au conflit de dénomination et améliorer les relations entre les deux pays. Dans ce contexte, le président du gouvernement macédonien a accepté de prendre des initiatives qui pourraient apaiser les inquiétudes grecques sur les politiques d'antiquisation, tandis que le Premier ministre grec a accepté de consentir à la candidature de la Macédoine à des initiatives ou accords régionaux. Après la réunion de Davos, Zaev a annoncé que des rues et des lieux tels que l'aéroport Alexandre-le-Grand à Skopje, qui ont été nommés par le parti nationaliste macédonien VMRO-DPMNE d'après des héros et personnages de la Macédoine antique tels qu'Alexandre le Grand, pourrait être renommés comme signe de bonne volonté envers la Grèce. Plus précisément, Zaev a déclaré que l'autoroute Alexandre-le-Grand, l'autoroute E75 qui relie Skopje à la Grèce, pourrait être renommée « Route de l'amitié ». En échange, le Premier ministre grec a annoncé que la Grèce pourrait accepter la candidature de la Macédoine à l'Accord de coopération adriatico-ionien et que le Parlement grec pourrait ratifier la deuxième phase de l'accord de stabilisation et d'association entre la Macédoine et l'Union européenne dans le cadre de la procédure d'adhésion de la Macédoine à l'Union européenne, qui avait été bloqué en 2009 par la Grèce en raison du conflit sur le nom du paysnote 2. Les deux chefs de gouvernement ont également convenu que les négociations sur le nom seraient promues au niveau des ministres des Affaires étrangères au lieu des ambassadeurs, avec les ministres des Affaires étrangères des deux pays, Nikola Dimitrov pour la Macédoine et Níkos Kotziás pour la Grèce, remplaçant respectivement Vasko Naumovski et Adamantios Vasilakis.

De plus, les deux gouvernements ont convenu de mesures de confiance qui pourraient aider à améliorer les relations entre les deux pays59,60,61,62,63.

Les dernières options proposées par Skopje en février 2018 sont « république de Macédoine du Nord », « république de Haute-Macédoine », « république de Macédoine du Vardar » et « république de Macédoine (Skopje) »64.

Fin février 2018, le gouvernement et les institutions de la république de Macédoine ont annoncé l'arrêt du programme Skopje 2014, qui visait à rendre la capitale de la Macédoine « plus classique » et a commencé à retirer ses monuments et statues controversés. Le ministère macédonien de la Culture a également mis en place une commission pour envisager la possibilité d'enlever le reste d'entre eux, comme Alexandre le Grand et Philippe II de Macédoine65,66,67,68,69,70,71.

Au printemps 2018, des négociations approfondies visant à résoudre le conflit de dénomination se sont déroulées en rondes, avec des réunions fréquentes des ministres des Affaires étrangères de la Grèce et de la Macédoine, qui ont permis de réaliser des progrès tangibles en matière de dénomination72,73,74. Finalement, le 17 mai, en marge du sommet UE-Balkans occidentaux de Sofia, en Bulgarie, les chefs de gouvernement des deux pays se sont rencontrés et ont discuté d'un nouveau nom, en plus des 5 autres noms déjà proposés par l'envoyé des Nations unies Nimetz :

  • Република Илинденска Македониjа (Republika Ilindenska Makedonija), c'est-à-dire en français « république de Macédoine d'Ilinden ».

Le président du gouvernement macédonien Zoran Zaev déclara que la partie macédonienne est prête à accepter ce nom et à l'utiliser à toutes fins, ce qui est l'une des conditions grecques pour résoudre le conflit75,76,77,78,79.

Accord de Prespamodifier | modifier le code

Signature de l'accord entre les ministres des Affaires étrangères macédonien et grec Nikola Dimitrov et Nikos Kotzias, sous l’œil des Premiers ministres respectifs, Zoran Zaev et Aléxis Tsípras, le 17 juin 2018 au lac Prespa.

Le , le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, annonça qu'un accord sur le différent avait été conclu avec son homologue macédonien, Zoran Zaev, « qui couvre toutes les conditions préalables fixées par la partie grecque »80. La proposition mènerait à renommer la République de Macédoine en « République de Macédoine du Nord » (en macédonien Република Северна Македонија, Republika Severna Makedonija ; en grec Δημοκρατία της Βόρειας Μακεδονίας, Dimokratía tis Vóreias Makedonías)81, ce nouveau étant alors utilisé en toute situation82. Zaev annonça que l'accord comprend la reconnaissance de la langue macédonienne à l'Organisation des Nations unies et que les citoyens du pays seront nommés, comme avant, les Macédoniens. Cependant, il y aurait une clarification explicite que les citoyens du pays ne sont pas liés aux Macédoniens antiques (en)83,84. Zaev dit que « L'accord confirme et renforce une fois pour toutes l'identité ethnique et culturelle macédonienne, la langue macédonienne, la nationalité macédonienne. Il garantit la sécurité du pays et offre un avenir sûr pour les citoyens de la République de Macédoine »85. Ces changements sont soumis à un référendum en Macédoine le . Outre le changement de nom du pays, le référendum doit valider le retrait des références au « peuple macédonien » de la constitution qui impliquent un ancien héritage86,87. Par ailleurs, l'accord stipule le retrait du Soleil de Vergina de l'usage public dans la République de Macédoine et la formation d'un comité pour revoir les manuels scolaires et les cartes dans les deux pays afin de supprimer les contenus irrédentistes et les aligner avec les standard de l'UNESCO et du Conseil de l'Europe88. L'accord a été signé au lac Prespa, une étendue d'eau divisée entre la Macédoine, la Grèce et l'Albanie.

Réactionsmodifier | modifier le code

La communauté internationale a réagi positivement à l'accord de Prespa89, les médias le qualifiant d'« historique »90,91,92,93. L'Union européenne a accueilli favorablement l'accord, le président du Conseil européen Donald Tusk tweetant ses « sincères félicitations » à Tsipras et Zaev. Il déclara : « Je garde les doigts croisés. Grâce à vous, l'impossible est en trait de devenir possible. ». Le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, et le commissaire Johannes Hahn ont aussi publié un communiqué conjoint félicitant les deux Premiers ministres « pour avoir conclu cet accord historique entre leurs pays, lequel contribue à la transformation de toute la région de l'Europe du Sud-Est »94,95. Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a salué l'accord, déclarant qu'il mettra la Macédoine sur le chemin de l'adhésion à l'OTAN96. En outre, le ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, a accueilli l'accord comme « une fantastique nouvelle »97,98.

La communauté nationale a réagi plus négativement à l'accord. En Macédoine, le président de la République, Gjorge Ivanov, a déclaré qu'il ne signerait pas l'accord, le qualifiant de « désastreux »99. De son côté, le VMRO-DPMNE, parti macédonien de droite, organise des manifestations publiques contre l'accord100. En Grèce, Aube dorée, parti d'extrême droite, et le Parti communiste de Grèce, d'extrême gauche, s'opposent à l'accord, avec un député d'Aube dorée, Konstantinos Barbaroussis, en appelant au régime militaire et aux pelotons d'exécution pour les personnalités politiques responsables de l'accord101. En conséquence, Barbarousis a été exclu de son parti et un mandat d'arrêt a été lancé contre lui pour haute trahison. Il a fui à bord de son véhicule parlementaire102,103, mais a finalement été trouvé et arrêté104. Pour sa part, le parti conservateur Nouvelle Démocratie a déposé une motion de censure contre Tsipras au parlement en raison de l'accord sur le nom105, qui avait été rejeté deux jours plus tôt par une majorité parlementaire simple, avec 153 voix contre et 127 pour106. En Macédoine, des manifestations sont devenues violentes à Skopje et Hari Lokvenec, député du SDSM, qui était présent à la cérémonie de Prespa, a eu son véhicule incendié à Bitola par des individus non identifiés107.

Signaturemodifier | modifier le code

Zoran Zaev et Alexis Tsipras à Oteševo, en Macédoine, après la signature de l'accord.

L'accord de Prespa, qui remplace l'accord intérimaire de 1995108, a été signé le lors d'une cérémonie de haut niveau dans le village grec frontalier de Psarades sur le lac Prespa par les deux ministres des Affaires étrangères, Nikola Dimitrov pour la Macédoine et Nikos Kotzias pour la Grèce, en présence de leurs Premiers ministres respectifs, Zoran Zaev et Alexis Tsipras109,110,111,112. Lors de cette rencontre étaient également présent le représentant spécial de l'ONU, Matthew Nimetz, le sous-secrétaire général aux Affaires politiques, Rosemary DiCarlo, le haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l'Union européenne, Federica Mogherini, ainsi que le commissaire européen à l'élargissement et la politique européenne de voisinage, Johannes Hahn, entre autres113. Après la cérémonie, Tsipras, avec son homologue macédonien, ont traversé du côté macédonien de la frontière du lac Prespa pour un repas au village d'Oteševo, dans un geste hautement symbolique qui marque la première entrée d'un Premier ministre grec dans la République de Macédoine depuis la proclamation de son indépendance en 1991114,115.

Développements ultérieursmodifier | modifier le code

Le , Zaev déclara que la Macédoine était en train de changer le code des plaques d'immatriculation de ses véhicles de « MK » à « NMK » pour refléter le nouveau nom du pays116,117.

Le gouvernement macédonien a annconé que les statues d'Alexandre le Grand, de Philippe II de Macédoine et d'Olympias II d'Épire, qui ont été élevées dans le cadre du programme Skopje 2014, se verront apposer de nouvelles inscriptions avec des clarifications qu'elles symbolisent la période grecque antique et « honorent l'amitié gréco-macédonienne »118.

Le 20 juin, l'accord de Prespa a été ratifié par le Parlement de la République de Macédoine avec 69 voix pour119. Le parti d'opposition VMRO-DPMNE a boycotté la session parlementaire et a déclaré que le traité de Prespa est un « génocide de l'État légal »120 and a "genocide of the entire nation"121.

Le 25 juin, le ministre grec des Affaires étrangères a informé l'Union européenne et l'OTAN que la Grèce ne s'opposerait plus à l'adhésion du pays à l'alliance euro-atlantique sous ce nouveau nom. Le lendemain cependant, le président macédonien Gjorge Ivanov refusa de signer l'accord122 et menaça le Premier ministre Zaev et les députés de la coalition au pouvoir d'au moins 5 ans d'emprisonnement en cas de vote en faveur de l'accord qui, selon Ivanov, place la République de Macédoine dans une position subordonnée à un État étranger. Ivanov a déclaré : « Je n'accepte pas le changement constitutionnel destiné à modifier le nom constitutionnel [du pays]. Je n'accepte pas d'idées ou de propositions qui mettraient en danger l'identité nationale de la Macédoine, l'individualité de la nation macédonienne, la langue macédonienne et le modèle macédonien de coexistence. Lors de l'élection présidentielle, 534 910 citoyens ont voté en faveur de ce programme électoral et m'ont élu président de la République de Macédoine. L'accord va au-delà des compétences des résolutions 817 (1993) et 845 (1993) du Conseil de sécurité des Nation unies, puisqu'il fait référence à la « différence dans le nom de l'État » et non aux « disputes » auxquelles l'accord fait référence ». Il ajouta qu'év123,124,125.

Le retrait du véto grec mena l'Union européenne à approuver le le début des négociations d'adhésion avec la Macédoine, qui sont attendues pour 2019, à la condition que l'accord de Prespa soit mis en œuvre et que le nom constitutionnel de la Macédoine soit changé en République de Macédoine du Nord126.

Le 5 juillet, l'accord de Prespa fut à nouveau ratifié par le parlement macédonien avec 69 députés votant en faveur127.

Le 11 juillet, l'OTAN a invité la Macédoine à entamer des négociations d'adhésion afin de devenir le 30e membre de l’alliance euro-atlantique128.

Le 30 juillet, le parlement macédonien a approuvé l'organisation d'un référendum non contraignant sur le changement de nom du pays le 129.

Notesmodifier | modifier le code

Référencesmodifier | modifier le code

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Voir aussimodifier | modifier le code

Bibliographiemodifier | modifier le code

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Articles connexesmodifier | modifier le code